11.01.2007

Exemple d'interview réalisée

INTERVIEW Luc CAMILLERI (décembre 2005)

Turkménistan :  « Tout est organisé autourmedium_article_20050524041136.jpg
de la personnalité du Président Saparmourad Niazov »

Le Turkménistan est un mystère. Alors que l’on parle de plus en plus des pays voisins en Asie centrale, (entre autres le Kirghizistan après la révolution de 2004, Kazakhstan avec les élections présidentielles en décembre 2005), le Turkménistan n’est presque jamais présent dans la presse internationale. Mohammad-Reza Djalili, spécialiste de l’Asie centrale, chercheur et enseignant à l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève et qui a effectué plusieurs voyages d’études sur place, nous aide à mieux comprendre le Turkménistan.

Pourquoi parle-t-on si peu du Turkménistan, alors que les enjeux gaziers y sont très importants ?
Tout simplement parce qu’il est très difficile d’avoir accès à ce pays. Contacter la population et les autorités est presque chose impossible. C’est le pays le plus autoritaire de la région. Le Turkménistan est un Etat stalinien qui ressemble plus à la Corée du Nord qu’aux autres pays d’Asie centrale. C’est un pays fermé qui contrôle les déplacements des gens et laisse très peu de journalistes entrer sur le territoire.

Comment obtient-t-on les rares informations sur ce pays ?
Les sources d’informations sont très rares. Les techniciens étrangers qui y travaillent apportent parfois des informations et également les voyageurs turques ou iraniens. Les ambassades occidentales, notamment l’ambassade américaine à Achkhabad (la capitale), transmettent des informations aux gouvernements et parfois ces informations dépassent le cadre diplomatique et on en retrouve quelques bribes dans la presse internationale.

En quoi se distingue le Turkménistan par rapport à ses voisins d’Asie centrale ?
Le Turkménistan est le symbole même du totalitarisme de l’autoritarisme post-soviétique. Dans les autres états d’Asie centrale, il y a quelques espaces de liberté, quelques possibilités d’avoir des opinions divergentes sans que ce ne soit vraiment des démocraties. Mais au Turkménistan, tout est organisé autour de la personnalité du Président Saparmourad Niazov, de ses dires, de ses écrits et de ses gestes reproduits à longueur de journée. Sur toutes les devantures des bâtiments d’administration, on trouve son portrait.

Comment la population réagit aux décisions autoritaires et parfois étranges du Président (par exemple, il avait fait interdire le port de la moustache longue traditionnelle pour les Turkmènes, pour, dit-il, ne pas donner une mauvaise image aux touristes) ?

La population vit très mal cette situation mais a peu les moyens de se révolter. Tous les  leaders d’opposition qui pourraient éventuellement faire obstacle à la politique de Niazov ont été éliminés ou en exil. Il y a très peu de structures capables d’organiser le mécontentement populaire. Et l’information filtre peu, parfois tout de même, on arrive à obtenir des informations pratiques, sur les nombreuses coupures d’eau ou d’électricité. Le livre du Président, la Runama (adaptation libre du Coran) est étudié dans toutes les écoles, c’est la matière obligatoire de tous les élèves turkmènes. Mais au-delà de la façade, dans les familles, on accepte difficilement cette littérature là.


Comment le pays gère ses ressources gazières importantes (4e producteur mondial) ?

Le problème essentiel pour le Turkménistan provient de l’enclavement du pays pour exporter le gaz. Une partie du gaz est exportée via de très vieux pipe-lines vers la Russie et depuis quelques années, exporte vers l’Iran au sud.
Il y a eu très certainement des contacts entre les compagnies gazières du Turkménistan et les autorités américaines. Il y a de vagues projets d’exportation en direction de l’Afghanistan et du Pakistan. Mais la situation y étant instable, les compagnies américaines hésitent d investir dans le gaz turkmène alors que les Russes ont une présence technique dans la région et il reste des installations qui permettent de telles exportations. D’ailleurs, le Turkménistan brade son gaz à GazProm (entreprise de gaz) en Russie.

Quel avenir pour ce pays ?
La situation actuelle est peu encourageante car l’action principale du gouvernement est d’isoler toujours plus le pays. Il ne participe plus à la Communauté des Etats Indépendants (CEI), il a même obtenu une neutralité perpétuelle auprès de l’ONU. Il s’est fermé du transport aérien. On peut difficilement  espérer des changements dans le pays qui reste extrêmement totalitaire et un des plus isolé au monde.

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